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Actualités - Fêtes de Wallonie: Le Plan Marshall3.Ville du bourgmestre J-J. Viseur [18/09/2009]

 

Moment toujours très attendu que le traditionnel discours du premier citoyen carolo qui marque, en quelque sorte, le coup d'envoi officiel des Fêtes de Wallonie. Crise économique et financière, crise institutionnelle et crise budgétaire: c'est sur ces trois grands thèmes d'actualité que le bourgmestre Jean-Jacques Viseur a tissé son allocution, prononcée ce vendredi matin en la salle du Conseil de l'Hôtel de Ville devant un parterre d'élus, de représentants du monde politique et de la société civile.

Un discours tout le contraire d'incolore et lénifiant à travers lequel Jean-Jacques Viseur en appelé au soutien de la RW pour la mise en place d'un plan Marshall3.Ville où les municipalités seraient un des moteurs de la reprise et du retour à la prospérité.

On lira ci-dessous l'entièreté de l'intervention très fouillée du premier Carolo qui l'a achevée par un coup de chapeau bien mérité au dévoué Michel Delcroix, pour la qualité de son travail de coordination au sein des Fêtes de Wallonie. Il ne restait dès lors plus, après cette marque de sympathie et de remerciement adressée à une des chevilles ouvrières des festivités, qu'à inviter la salle à entonner le fameux Chant des Wallons. Gaillarde à la boutonnière, s'il vous plaît!  

                               Le bourgmestre J-J. Viseur plaide pour un plan Marshall3.Ville (ph. M. Simon)

                                     Discours du bourgmestre J-J. Viseur

                    Cette année est une année importante et difficile pour la Wallonie.

Année importante parce que, suite aux élections régionales, les gouvernements des régions et communautés se sont formés. Le Gouvernement wallon s'est doté d'un programme ambitieux qu'il doit exécuter dans les 5 années à venir. Il doit aussi arrêter sa politique budgétaire et celle des pouvoirs décentralisés.

L’année est difficile en raison de 3 contraintes qui pèsent, aujourd’hui, sur notre région :

  • la crise économique et financière ;

  • la crise institutionnelle ;

  • la crise budgétaire.

  1. La crise économique et financière

Comme la grippe A/H1 N1, elle est mondiale et pandémique. Elle s'est développée tout au long de l'année et touche maintenant de plein fouet l'économie réelle. Cette crise a révélé l'incroyable légèreté du monde financier. Les dirigeants de la plupart des institutions bancaires ont perdu la confiance qui était placée en eux. La cupidité, l’arrogance, la légèreté et l'ignorance ont mené à l’abandon de l’appréciation raisonnable du risque et de la gestion prudentielle qui sont les missions d'intérêt général que nos sociétés développées confèrent aux banques. Seule une intervention énergique et concertée des Etats a pu éviter de transformer la crise en catastrophe absolue mais les dégâts n’ont pas fini de se manifester et, comme d’habitude, frappent les plus faibles. Les plaies de notre économie seront très lentes à cicatriser. Chaque crise entraîne une explosion du chômage dans les 15 à 24 mois qui suivent le cataclysme. Nos entreprises (comment ne pas évoquer le coup dur subi par Sonaca) entrent dans cette phase aiguë. L’amertume et la révolte sont d'autant plus grandes que, quelques mois après le cataclysme, ceux qui l'ont déclenché ont retrouvé une incroyable suffisance. Bénéficiant, grâce aux Etats, d’un accès à des taux d’intérêts très bas, en raison de l’intervention des banques centrales, elles ne répercutent toujours pas ces taux bas vis-à-vis des entreprises et des consommateurs et augmentent au contraire leurs marges. Les Etats ne peuvent laisser disparaître les banques de dépôt. La tentation du monde financier reste d'exploiter à nouveau, sans aucune contrepartie et cyniquement, cet aléa moral qui rend les faillites de banques quasi impossibles. Personne ne pourrait supporter sans réagir l’injustice qui fait des responsables les bénéficiaires de la crise qu’ils ont provoquée. L’affaire des bonus des traders et dirigeants des banques illustre bien cette injustice. Les Etats doivent y mettre fin sous peine de perdre leur crédibilité et de rompre vis-à-vis du citoyen le contrat social qu’ils garantissent. Il faut espérer que les dirigeants du G20 et les organismes de régulation du monde financier imposeront des règles strictes et utiliseront tous les moyens pour rendre au système financier son seul rôle qui est de soutenir l'économie et non de l'épuiser. En outre, notre Etat fédéral doit imposer à nos banques une contribution exceptionnelle et permanente en paiement de la garantie de fait qui assure, par des moyens publics, leur survie en cas de crash.

Quant à l'économie réelle, je suis de plus en plus convaincu que la crise de mutation que nous connaissons va poser des problèmes mais aussi ouvrir des opportunités. Je ne peux, à cet égard, que me réjouir de voir se créer, en Wallonie, une logique de développement des entreprises et de l'emploi autour des économies d'énergie tellement indispensables pour soutenir un développement durable.

Il ne faut, néanmoins, pas se faire d'illusion, la crise n'est pas finie et ses répercutions sont tellement graves qu'elles appellent des solutions radicales. J’y reviendrai.

2. La crise institutionnelle

Pour assurer le redressement, il faut que les pouvoirs publics créent rapidement de la confiance, ce qui impose une stabilité et un renforcement d’une puissance publique sûre d’elle et respectée. Ces derniers mois, l'ampleur de la crise économique et financière et la proximité des élections a différé les discussions concernant l'avenir de la Belgique. Cependant, la menace reste permanente de voir déséquilibrer nos fragiles institutions tant qu'une solution sinon définitive en tout cas durable ne se dégage pas. Ce que l'on peut souhaiter c'est, d'une part, que la menace communautaire n'empêche pas notre pays et nos régions de se concentrer sur les problèmes de la crise et, d'autre part, que, tant sur le plan de la symbolique que de l'efficacité, les solutions trouvées améliorent la gouvernance globale de notre pays.

3. La crise budgétaire

Elle est la conséquence directe de la crise économique et financière. Elle touche tous les niveaux de pouvoir mais les marges disponibles sont évidemment plus faibles encore au niveau des pouvoirs locaux qu'au niveau des régions et de l’Etat fédéral.

Le monde a, dans le passé, connu, à plusieurs reprises, cet effet mécanique crise économique/crise budgétaire. A chaque fois des prophètes de malheur crient à la faillite des Etats et à la nécessité de l’austérité. S’ils l’emportent, ils transforment la crise en catastrophe économique. Tout le monde a, à cet égard, le souvenir de la crise de 1929 et des mauvaises décisions que furent la volonté d’équilibrer le budget par l’austérité, de défendre l’étalon or, de restreindre le crédit et de miser sur le protectionnisme. Comme le rappelle le prix Nobel d’économie Paul Krugman, ce sont ces décisions qui ont transformé une crise en une tragédie parfaitement gratuite et inutile. Mais depuis le phénomène s’est hélas reproduit notamment dans les années 90 en Amérique latine, en Asie et au Japon. A chaque fois, une politique budgétaire trop timide de relance a retardé la reprise de trois à quatre ans voire de près d’une décennie dans le cas du Japon. Par contre, lorsque les Etats ont relancé la machine par une politique reposant sur le triptyque : taux d’intérêts bas, création de monnaie et déficit budgétaire, la reprise fut quasi immédiate et accompagnée par le rétablissement spectaculaire des finances publiques et le plein emploi. Ce fut le cas durant les 30 glorieuses en Occident et plus récemment en 1993 sous l’administration Clinton.

C’est dire le danger d’une politique budgétaire restrictive et alarmiste concentrée sur des échéances théoriques d’équilibre dans la crise. Pareille démarche retarde la reprise, étouffe l’économie et fait payer aux salariés un très lourd tribut. Ceux-ci effrayés par les risques du chômage restreignent leur consommation et retardent leurs achats. On s’enfonce alors dans une stagflation. De même par une vision purement linéaire des réductions de dépense menée en restreignant de la même façon les budgets des différents pouvoirs, sans tenir compte de leur propension à investir rapidement dans des travaux consommateurs de main-d’œuvre (je pense aux pouvoirs locaux premiers donneurs d’ordre dans notre pays en matière de travaux publics ou privés), on développe la politique de gribouille : par peur de la crise on l’accélère et on étouffe la reprise. Les budgets publics doivent donc résolument s’engager dans des mesures contracycliques en se fondant sur les pouvoirs qui investissent le plus.

Les voies du retour à la prospérité

Ces dernières années, l’économiste anglais John Maynard Keynes a été fort décrié. Ses théories de sortie de crise ont été caricaturées et considérées comme dépassées. Sa volonté de voir l’Etat adopter des mesures contracycliques a été décrite comme une justification du laxisme budgétaire. Quelle que soit la conjoncture, l’équilibre budgétaire, la réduction à zéro de l’inflation et la défense d’une monnaie forte ont été érigés au rang du dogme économique. Toute remise en question a été jugée attentatoire au marché sacralisé, dangereuse voire communiste. Quant à l’intervention des pouvoirs publics dans l’économie, elle a été rejetée au prétexte que l’Etat était peu efficace et que son intervention rendait imparfait un marché seul capable d’autorégulation. On sait ce qu’il est advenu de l’application de cette théorie de l’école de Chicago de Milton Frydman et de ses disciples.

Il est donc temps de relire attentivement Keynes. Les conséquences économiques de la paix n’ont guère influencé les politiques menées suite à la crise de 1929 mais Keynes a été le principal concepteur de ce qui donnera la prospérité vite retrouvée des 30 glorieuses. Aujourd’hui, les plus inventifs des théoriciens de l’économie (je songe à Stiglitz et à Krugman) ont adapté ses thèses à une économie mondialisée.

On a caricaturé Keynes en réduisant ses propositions à la logique que la relance par les déficits publics n’était pas ordonnée et artificielle puisqu’elle était fondée sur des travaux inutiles (creuser des trous et les reboucher).

L’enseignement de ce partisan d’une économie sociale de marché est que la sortie de crise ne peut se réaliser par l’austérité. Le rôle des pouvoirs publics en période de crise est de ramener la confiance en dopant, par une politique budgétaire adéquate, une reprise forte.

En période de crise, Keynes croit à l’investissement comme moteur déterminant (il l’appelle le catalyseur) de la reprise. Pour lui, la reprise vient d’une politique d’investissement public basée sur des taux d’intérêts bas qui garantissent une inflation modérée. L’effet multiplicateur de cette politique entraîne un cercle vertueux qui relance la consommation, réduit le chômage et assure la confiance qui permet au secteur privé de prendre le relais et au marché de retrouver des couleurs. A ce moment les recettes publiques augmentent et on retrouve l’équilibre budgétaire de façon beaucoup plus sûre que par le recours à l’austérité. Mais l’investissement par les pouvoirs publics doit être rapide novateur et judicieux.

Aujourd’hui en Wallonie, cela est possible. La contrainte environnementale et le changement de mode de vie qu’elle induit doit devenir une cause essentielle de l’investissement. C’est d’ailleurs un des axes importants du plan Marshall 2 vert.

Il ne faut donc surtout pas freiner la mise en œuvre des budgets consacrés à ce plan.

Cela ne sera pas suffisant et je voudrais, aujourd’hui, en appeler solennellement à la mise en place d’un plan Marshall3.Ville qui repose sur les investissements urbains. Un des principaux changements de comportement qu’il faut favoriser et accompagner, c’est le retour en Ville. Aujourd’hui, l’attractivité d’une ville ce n’est plus la présence à priori d’entreprises mais certaines franges de la population qui sont les vecteurs de l’innovation et de la croissance. Le défi des villes est d’attirer une population qualifiée et talentueuse qui est mobile et choisit de s’installer dans des endroits qui offrent à la fois des opportunités économiques et des conditions de vie passionnante. Cette migration urbaine d’une tout autre nature que la migration urbaine du XIXème siècle se voit partout dans nos pays développés. Elle s’accompagne de villes nouvelles organisées, de villes où la mobilité est maîtrisée par un renouveau des transports en commun. Des villes où la sécurité est assurée, des villes centrées sur les services et les infrastructures pour les citoyens. Cela se focalise sur l’accompagnement des personnes (crèches, écoles, établissements de soins, maisons de repos), sur la bonne forme (piscines, complexes sportifs pour tous, parcours santé,…), sur la culture (théâtres, cinémas, musées) et l’environnement (parcs, espaces verts,…). La ville du XXIème siècle ce doit être ce nouvel espace de vie.

Par ailleurs, les villes sont les mieux placées pour rapidement mettre en œuvre cette volonté. Là où la SNCB, financée par le pouvoir fédéral, met 10 ans pour déployer ses infrastructures, les villes peuvent réaliser leurs investissements en 2 ou trois ans.

Je plaide donc pour une politique budgétaire de la Région et des villes centrée sur les grands travaux et moteur d’une reprise rapide.

Pour cela, il faut la réunion d’une série de conditions.

La première, et je rejoins à cet égard la réflexion du nouveau ministre wallon des affaires locales, Monsieur Furlan, c’est l’accélération radicale de toutes les procédures liées à l’exécution de nos budgets extraordinaires. La relance, c’est en 2010-2011 qu’elle doit être réalisée. Tant que le délai entre une décision d’investissement et son exécution sera retardé par la lourdeur des procédures de contrôle, il sera impossible que les communes soient un moteur de la reprise.

Seconde condition, l’abandon du principe linéaire de l’orthodoxie budgétaire pour les communes. Si les villes doivent être un moteur de la reprise, elles doivent se moderniser vite pour atteindre les standards de qualité de service des plus avancées des municipalités européennes. Il ne sert à rien d’étouffer leur action par un étranglement budgétaire. Certes, il n’est pas question de laxisme mais l’erreur serait de ne pas tenir compte de ce que les investissements en ce domaine ramèneront des habitants en ville et des recettes nouvelles qui, à terme, assureront un équilibre dynamique. Il y a longtemps que je plaide, à cet égard, pour une sorte d’activation de dépenses nécessaires pour atteindre un niveau d’infrastructures et d’équipement qui séduiront de futurs habitants, consommateurs mais aussi contribuables.

Troisième condition, ce sont des équipements beaux et pratiques, des services de qualité, un souci permanent du développement durable et une gouvernance exemplaire.

Nous nous voulons acteurs en première ligne de la reprise et du cercle vertueux qu’elle entraîne investissement, emploi, consommation et confiance.

Tout cela nous ne pourrons l’exécuter sans un fort lien avec la Région. J’en appelle donc au Gouvernement wallon pour nous aider et s’inscrire résolument dans ce plan marshall3.Ville.

 Mesdames,

Messieurs,

On attend du Bourgmestre, à l’occasion des fêtes de Wallonie, un discours incolore et lénifiant. Les temps sont trop risqués pour que je m’y résigne. Mais mon discours est résolument optimiste et volontariste. Bien sûr la Wallonie s’inscrit dans une économie mondialisée et ne peut tout faire seule. Mais notre région et ses villes qui sont une de ses principales richesses doit être à la pointe d’une économie de la dépression intelligente et audacieuse qui nous fasse, parmi les premiers, retrouver la prospérité en rejetant ces théories obsolètes qui, selon Keynes, encombrent l’esprit des hommes de pouvoir au détriment des plus faibles.

J’appelle maintenant Monsieur Michel Delcroix pour entonner en notre nom le chant des Wallons.

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