Au Conseil communal du 9 septembre

Vendredi 13 Septembre 2013 - 14:39

Elle s'annonçait corsée et interminable et elle le fut! Auditions de fonctionnaires suspendus, discussion et vote du nouveau règlement mendicité conjugués aux traditionnelles questions d'actualité et à la bonne centaine de points de l'ordre du jour « classique »: La séance du conseil communal du lundi 9 septembre a joué les prolongations jusqu'au bout de la nuit...

Du pain sur la planche, les élus en ont eu bel et bien lors de ce conseil de rentrée. C'est qu'à l'ordre du jour il y était inscrit non seulement le nouveau texte appelé à réglementer le phénomène de la mendicité sur le territoire de la Ville, mais aussi, notamment, les comparutions de quatre hauts fonctionnaires sur lesquels pèsent de lourdes menaces disciplinaires.

Plus de quatre heures! Voilà le temps consacré par l'assemblée municipale au seul examen (à huis clos et en séance publique) des dossiers de ces agents suspendus de longue durée dont on peut comprendre qu'ils aient choisi de venir plaider leur cause accompagnés de leur(s) avocat(s) respectifs.

Ce n'est donc qu'aux alentours de minuit que l'on a pu entrer, si l'on peut écrire, dans le vif du sujet avec l'abrogation de l'ordonnance de police relative à la mendicité arrêtée par le Conseil communal le 16 février 2009 et son remplacement par un nouveau texte présenté par ailleurs sur notre site. Signalons au passage que le pv de la séance publique du 15 juillet 2013 avait tout de même été adopé, sans remarque, en début de séance, juste avant qu'une minute de silence soit observée à la demande du bourgmestre en hommage à M. Emmanouel Vargiakakis, frais émoulu conseiller communal décédé cet été.

Bref, comme on pouvait s'y attendre, ledit nouveau règlement ne manqua pas de faire débat; débat suivi en direct dans la salle par de nombreux mancheurs, patients comme le reste du public, venus rappeler pacifiquement, avec des représentants d'associations militantes, armés de calicots, toute leur désapprobation au projet.

Sur les bancs de la minorité Ecolo-PTB+, on n'y est pas allés de lèvre morte pour dénoncer la « chasse aux sorcières ». Paraphrasant Molière et la célèbre réplique de son Tartuffe- Couvrez ce sein que je ne saurais voir... »- Sophie Merckx a fait part de son sentiment amer: « Je suppose que le désir secret de certains est de voir disparaître les mendiants du paysage carolo, de les convaincre d'aller mendier ailleurs. Déplacer le problème ne le résout pas ». Se félicitant tout de même au passage de l'avancée qui a pu être générée grâce au travail investi par le Comité d'accompagnement (mis sur pied à la suite de la contestation née au lendemain de l'annonce, en juin dernier, du projet), elle a cependant regretté que l'aboutissement se soit résumé à un changement de sémantique: « Sur le fond, rien n'a changé. En affirmant qu'ils (les mancheurs) sont une nuisance, une source d'insécurité, qu'ils troublent l'ordre public, vous désignez des coupables, une stigmatisation qui pourrait même servir à des justiciers auto-proclamés pour justifier leurs exactions, qui ont tendance à se multiplier ». Votre plan, a ajouté Mme Merckx « va se révéler rapidement inefficace et inapplicable. Il le sera, car, la pauvreté, à Charleroi, est en constante augmentation. Entre 2008 et 2012, elle a augmenté de 44% et cela ne risque pas de s'arrêter. » « La lutte contre les mendiants, regretta-t-elle, « est une constante dans l'histoire humaine, en les obligeant à se déplacer par exemple à leurs frais, en les menaçant de saisir le produit de leur recette ou de les mettre à l'ombre. Le règlement que vous proposez n'est pas seulement humainement et socialement inacceptables, il frôle aussi l'illégalité ».

Même ton dans le chef de Xavier Desgain: « Le règlement à la mendicité est une autre pièce au puzzle que votre majorité met en place pour chasser les pauvres de la ville et les remplacer par une population plus nantie qui remplira plus facilement les caisses communales; c'est la réalité brutale et déshumanisante de votre politique et de votre règlement qui est un vrai paradoxe alors que la pauvreté s'approfondit ». « Comme écologistes, nous ne pouvons accepter ce règlement qui revient à interdire la mendicité en de nombreux endroits. De plus, il stigmatise une population qui n'en a pas vraiment besoin. C'est une attitude qui est contraire au principe de dignitré et à la Convention européenne des Droits de l'Homme. » Ecolo, devait ajouter le conseiller, « demande des politiques volontaristes et novatrices qui permettent à ce public en grande difficulté de retrouver dignité, espoir et projet de vie adpaté à leurs parcours . Nous vous demandons donc de changer votre fusil d'épaule et de faire de la lutte contre la pauvreté une priorité absolue ».

 « De nouveau, comme en 2009, on recommence la même aberration. Comme précédemment, votre règlement pose à nouveau des problèmes, juridiques notamment » devait surenchérir quant à elle sa collègue Malika El Bourezgui. « Ne va-t-il pas à l'encontre du principe de libre circulation des personnes? Quel est le sens de l'arrestation administrative? Quel est le sens de la saisie de la recette et de la reverser comment?, sur un compte que ces personnes n'ont pas? Outre les articles qui me paraissent discriminants, je ne vois pas bien non plus à travers lui la volonté de s'attaquer à la mendicité organisée, objet avoué de ce nouveau règlement. Au contraire, dit-elle, nous pensons que ce sont justement les réseaux organisés qui s'adapteront le mieux. Des règlementations, prises ailleurs, ont démontré que cela ne résolvait rien, que du contraire ». Ne serait-il pas plus acceptable d'amender le Règlement général de police qui régit déjà le vivre-ensemble en y inculant quelques règles spécifiques?, ce fut la suggestion faite en guise de fin par Mme El Bourezgui qui, elle aussi, plaida pour un investissement accrû des politiques axées sur l'humain.

« Notre intention n'a jamais été de stigmatiser, ni d'interdire la mendicité, ni de chasser qui que ce soit; notre intention a toujours été de mettre tous les moyens possibles et imaginables en oeuvre pour lutter contre la pauvreté », devait répliquer le bourgmestre Paul Magnette. « Et Charleroi- son budget le montre tous les ans- y consacre- plus qu'aucune autre ville, des moyens considérables ». Alors pourquoi revoir ce règlement mendicité? « Ce n'est pas quelque chose que nous faisons de gaieté de coeur, mais quand la pauvreté s'enracine dans des quartiers très déterminés, à la fois cela pose problème en matière de coexsitence et contrecarre les possibilités d'émancipation. Nous avons cherché à trouver des règles qui soient à la fois claires, simples et compréhensibles et praticables pour tout le monde. Au vu de ce qui se fait ailleurs, il nous est apparu que celui-ci était le moins mauvais, le moins mal adapté à la situation sociale et géographique de Charleroi. Nous évaluerons ces règles parce que nous n'avons pas d'oeillères ni d'obstination. S'il devait faire apparaître des problèmes ingérables, nous pourrons le faire évoluer, » conclut le maïeur.

Ne pas chasser qui que ce soit, mais au contraire favoriser le mieux vivre-ensemble, c'est bien un des objectifs de ce nouveau règlement selon l'échevine Véronique Salvi, qui a présidé au travail en amont. Effectué avec les acteurs de terrain réunis au sein du Comité d'accompagnement- une première en Wallonie- dont elle a félicité l'investissement. « Comme je m'y suis engagée, ce comité aura à nouveau une réunion durant le mois de septembre et ensuite mensuellement de façon à voir comment ce règlement évoluera. S'il doit être adapté, il le sera. » Le travail de ce comité viendrait en parallèle avec celui du CPAS où, là aussi, on le sait, on a promis un renforcement des mesures sur le terrain de l'accompagnement social notamment. « Un table ronde sera lancée le 18 septembre; nous sommes bien conscients au CPAS qu'il doit y avoir une augmentation du nombre de SDF pouvant bénéficier d'un projet individualisé d'intégration sociale, et donc, du même coup, du RIS isolé plus favorable financièrement » conclut pour sa part le président Eric Massin. Le projet de règlement a été approuvé majorité contre opposition et il sortira donc ses effets au 1er octobre prochain.

Pour suivre, les questions d'actualité. Avec la première, celle posée par Gérard Monseux (PS) au sujet du fameux centre d'évocation du folklore qui revient de temps à autres à la surface à la façon du monstre du Loch Ness. Une embellie pourrait se dessiner dans ce dossier comme l'a rappelé G. Monseux avec la manifestation d'un candidat acquéreur du site de l'ancienne Brasserie de l'Union. Comme on ne sait toujours pas pour l'heure s'il s'agit d'un acquéreur ou d'un candidat acquéreur (il serait question d'y développer à l'endroit des activités de type Horeca mais la Ville pourrait faire mention le cas échéant de la convention courant jusqu'en 2027 passée à l'époque avec le groupe Alken Maes), l'élu socialiste rappelle que d'autres lieux pourraient aussi convenir pour la concrétisation de ce musée tant convoité par tous les amoureux de tradition. Par exemple la maison communale de Jumet, idéalement située. Histoire d'y voir plus clair et d'arrêter les choix, G. Monseux propose la mise sur pied d'un groupe de travail chargé de déblayer le terrain, proposition judicieuse que l'échevin A. Dufrane a promis de relayer auprès de ses collègues.

« Trombose circualatoire » pour l'un, « La traversée de Charleroi » pour l'autre: Deux expressions renvoyant à une même réalité pour X. Desgain (Ecolo) et J-P. Degrez (MR): cet épineux problème de mobilité au centre-ville depuis que les grues et autres pelles mécaniques ont investi en masse la ville basse. Pour eux, s'il ne fut pas question de remettre en doute le bien-fondé de ces chantiers, c'est clair qu'en en matière de transmission des infos et d'écoute, on aurait pu faire mieux. « Une concertation préalable avec tous les acteurs locaux ne devait-elle pas s'instaurer dans toutes les phases du redéploiement de notre ville » interrogea en substance J-P. Degrez. « L'impression générale est qu'il n'y aucune organisation ni aucune coordination de tous ces travaux, pourtant tous commandés par la Ville; il ne semble pas y avoir non plus de coordination dans l'affichage des travaux, des itinéraires utilisables et des lieux de stationnement disponibles, dixit X. Desgain, selon lequel « ce qui a été fait jusqu'ici n'est pas suffisant ».

« Nous devons gérer des situations particulièrement complexes, sur lesquelles nous avons pas toujours de prise » rétorqua le bg P. Magnette. Manque de préparation? « C'est sur base d'études chiffrées de transit que le plan de mobilité a été proposé à la ville basse, avec de bons résultats côté Ouest. La modification de la signalisation s'est accompagnée d'une info vers le grand public et les riverains; le maximum a également été fait pour promouvoir l'usage des transports en commun et un groupe de travail a été mis en place pour suivre de façon permanente l'évolution des chantiers » devait conclure le maïeur.

« Moenia non delenda sunt »! Pour Kevin Saladé (PS), les murs de la forteresse ne doivent pas être détruits. En l'occurrence, ceux mis au jour lors des travaux au quai de Brabant dans le cadre du chantier Phénix 4; « Il s'agit en effet des seuls vestiges conservés des fortifications de la période hollandaise sous la forme d'un bastion (...); nous avons probablement là la dernière occasion de préserver et de valoriser le patrimoine militaire de notre ville ». « Mon attention a bien entendu été attirée par ces vestiges et fortifications » devait indiquer l'échevine en charge du Patrimoine, Véronique Salvi. « Il y a la solution avancée par Igretec – celle dite du cloutage avec éclairage en surface (à l'instar de ce qui sera fait place de la Digue), mais j'aurais personnellement préféré celle dite de la transparence, comme cela existe dans d'autres villes belges et étrangères ». Elle ne coûterait pas plus cher a précisé l'édile qui ne perd pas espoir de la voir s'imposer avec le temps...

Notons que vu l'heure tardive, de commun accord, certaines questions d'actualité ont été reportées à la séance du Conseil communal du 30 septembre prochain ou transformées en questions écrites. Une heure du mat' bien sonné, le Conseil, après avoir épuisé les quelques 112 points inscrits à l'ordre du jour de la séance publique – approuvés comme une lettre à la poste hereueusement- pouvait s'atteler à l'examen des 170 autres du huis clos..