Le conseil communal de ce 21 septembre était en grande partie dédié à la sécurité.
L ors du conseil communal de ce lundi, le chef de corps de la police de Charleroi, Laurent Van Doren, a présenté un état des lieux complet de la sécurité publique sur le territoire. Cette démarche répond désormais à une obligation légale instaurée par la loi du 2 juillet 2026, imposant la présentation d’un rapport annuel reposant sur plusieurs thématiques.
Défis structurels : la Ville de Charleroi active ses leviers stratégiques
Malgré une relative stabilité du volume global de la criminalité, fixé à environ 30 000 faits par an, la Zone de police fait face à de profonds défis structurels et sociaux.
L’émergence d’une violence liée au narcotrafic s’articule désormais avec une précarité grandissante, marquée par une hausse de 32 % du sans-abrisme en trois ans et la généralisation de l’usage du crack.
Face à cette crise, les services publics sont mis à rude épreuve, souffrant à la fois d’un déficit de 150 policiers (soit 15 % du cadre théorique) et d’une saturation critique des infrastructures de santé mentale.
Ce constat n’empêche pas la Ville de Charleroi de mettre en place plus que jamais des actions concrètes et de continuer à analyser les moyens et pistes stratégiques envisageables pour lutter contre ce problème de fond.
Ressources humaines : les effectifs de la zone et l’organisation de terrain
- 922 membres opérationnels (sur le terrain et en enquête).
- 140 membres du personnel administratif et logistique (CALOG).
- La répartition par genre s’élève à 35 % de femmes et 65 % d’hommes.
29 personnes ne sont pas en service actif en raison de pré-pensions ou d’interruptions de carrière.
- Intervention : Le régime théorique prévoit de 9 à 12 équipes par pause. En pratique, la nuit, le service est assuré par 5 équipes d’intervention et 2 équipes de première ligne, renforcées au besoin par le GSA ou le service Canin.
- Police de quartier : Alors que la norme légale impose 1 agent de quartier pour 2 000 habitants, Charleroi dépasse cet objectif avec 188 inspecteurs de proximité pour 206 000 habitants, soit 1 agent pour 1 095 habitants.
- Unités spécialisées :
- Sécurité routière : 63 membres affectés à la prévention, aux radars et aux escortes.
- Enquêtes judiciaires : 102 membres opérationnels (représentant 11 % de la capacité globale).
- PSO (Peloton de Sécurisation et d’Orientation) : 1 officier, 4 gradés et 32 membres dédiés aux services d’ordre, à l’opération Disruption et à la brigade cycliste.
- GSA (Groupe de Sécurisation et d’Appui) : Unité dédiée aux perquisitions renforcées, aux menaces graves et aux urgences critiques.
- Assistance aux victimes (SAPV) : Un psychologue et une assistante sociale assurent le suivi en semaine, complété par une permanence de garde.
Statistiques de la criminalité et Bilan de la sécurité routière
- Stupéfiants et violence : Une hausse de la violence (armes blanches et à feu) liée à des règlements de comptes dans le milieu du narcotrafic est constatée. Pour y faire face, une Task Force Stupéfiants a été mise sur pied avec le Parquet et la Police Judiciaire Fédérale (PJF).
- Vols et dégradations : On recense 9 460 faits de vols et extorsions et 2 089 faits de dégradations de propriété. Les vols à main armée affichent une légère hausse en lien avec le milieu des stupéfiants.
- Vols dans les véhicules : Après une hausse marquée en 2025, les opérations ciblées du PSO dans les parkings souterrains affichent 1 300 faits sur les 7 premiers mois de 2026, avec une projection annuelle en baisse (estimée entre 2 000 et 2 500 faits).
- Atteintes à l’intégrité physique et Violences intrafamiliales (VIF) : 3 121 faits d’atteintes physiques ont été enregistrés. Les violences intrafamiliales connaissent une légère diminution. Pour renforcer la protection des victimes, une convention a été signée avec le Barreau pour un réseau d’avocats de garde, et le dispositif de bouton d’appel d’urgence “AMAR” de la Police Fédérale a été déployé.
- Accidents : 913 accidents avec lésions corporelles ont été dénombrés, causant 733 blessés légers et 6 décès.
- Blessés graves : Les blessés graves enregistrent une baisse de 50 %, passant de 49 à 25 victimes.
- Vitesse : Le nombre de procès-verbaux pour excès de vitesse a augmenté malgré un volume de contrôles moindre. À noter que 70 % des infractions concernaient des dépassements de moins de 10 km/h.
- Points noirs : Deux zones à risques majeurs ont été identifiées en 2025 (l’Avenue de Waterloo et le secteur Rue du Pont Neuf / Athénée / Montigny).
Actions mises en place et marges de manœuvre pour l’avenir
- Opération Disruption 3.0 : Ce dispositif réunit chaque semaine la police locale, les gardiens de la paix et le personnel du CPAS pour cibler spécifiquement le deal de rue, les nuisances et la présence de toxicomanes dans l’espace public.
- Lutte contre les rodéos urbains (Site AMS Sud) : Des mesures préventives (veille sur les réseaux sociaux) et une sécurisation physique des accès du site ont été mises en place en concertation avec le Port autonome de Charleroi et le propriétaire privé.
- Des opérations conjointes sont menées avec la Police fédérale et la Police des chemins de fer aux abords et à l’intérieur de la gare de Marchienne, accompagnées de la fermeture d’établissements problématiques du quartier. Entre le 1er janvier 2025 et le 16 septembre 2026, 122 dossiers liés aux stupéfiants ont été enregistrés à Marchienne (49 dossiers en 2025 et 73 dossiers sur les 8 premiers mois de 2026, soit une hausse de près de 40 %). Cette hausse traduit une intensification de la pression policière sur le terrain.
- A Marchienne, un « hot spot » rassemblant personnes précarisées, consommateurs et revendeurs fait l’objet d’un suivi ciblé par le service Appui du CPAS, qui y mène des actions de médiation, de veille sociale et d’accompagnement en partenariat avec la police et des structures de santé comme le Médibus et Médecins du Monde. Toutefois, face à l’ampleur de la situation, les représentants du CPAS alertent sur le manque de moyens, ne disposant que de 4 travailleurs de rue pour l’ensemble des 15 communes de Charleroi, et réclament le déploiement d’un plan coordonné à plus grande échelle.
- Le Procureur du Roi (Vincent Fias) a annoncé un durcissement envers les consommateurs de drogues dures (cocaïne, héroïne, Lyrica), qui seront désormais poursuivis systématiquement devant le tribunal correctionnel plutôt que de faire l’objet de simples transactions immédiates.
- Vidéosurveillance : Le réseau compte actuellement 123 caméras urbaines actives. 145 nouvelles caméras ont été commandées, et un budget de près de 600 000 € a été engagé pour un audit de modernisation du réseau avec Securitas.
- Modernisation de la proximité : Utilisation de l’application Wokodo pour encoder les domiciliations directement sur le terrain, retour des patrouilles en scooter, possibilité de patrouilles en solo après analyse de risque, et mise en place d’un système de réservation en ligne pour les rendez-vous citoyens.
- Le “Policier virtuel” : Développement d’une plateforme numérique pour orienter de manière automatique les signalements des citoyens vers le service compétent (Police ou services de la Ville).
- Approche administrative (Loi SAR) : Application du cadre légal pour contrer l’infiltration de la criminalité organisée dans l’économie locale, en collaboration avec le Directeur de Coordination (DirCo) et le Parquet.
Deliberations.be : La synthèse globale de chaque conseil
Ce résumé n’est pas exhaustif.
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